Toujours un vrai challenge d’envisager une « printanière » au refuge du Maupas, et plus encore cette année avec les quantités de neige incroyables qui nous sont offertes en cette mi-avril. De quoi s’imprégner ou se réimprégner de décors magnifiques. Au final, nous nous comptons 3 pour cette aventure que partagent avec moi Marie-Laure et Didier. Le contexte nous rappelle aussi les images d’une autre épopée, il y a juste deux ans ; un clin d’œil à Jacques et Jean-Marie. On avait alors accroché le Pic du Maupas. Dans la continuité, le projet de ce retour est de partir conquérir son « petit » frère, le pic de Boum.
Les ravins contigus au chemin qui descendent depuis la Crête de Serre de Cabales portent des névés très impressionnants et deux d’entre eux vaudront quelques difficultés. Les cascades de Calahoure, de la Houradade et de la Coume, fortes d’un débit gargantuesque, donnent leurs plus beaux spectacles. Alors que l’on coupe le ruisseau principal, le sentier fait une épingle à cheveu et nous envoie plein ouest sur une zone plane qui jouxte le torrent qui descend du Lac Noir et de la « terrasse » de Prat Long. Le sentier nous mène dans la forêt et les raquettes deviennent vite indispensables ! La quantité de neige fait perdre le chemin non balisé ; le réseau, notre modernité et adaptation aux outils multimédia permettent de corriger vite par le haut dans un effort un peu « brute ». On retrouve notre boussole de camino à la sortie du bois à hauteur de la cabane de Prat Long. Un couple de randonneurs peu équipés et qui portent un petit chien type chiwawa descendent vers nous. Un peu naïfs, ils avaient sous estimé les quantités de neige, peu équipés ils redescendent.
Mi-temps pour nous comme il y a deux ans, sur la terrasse ensoleillée à proximité du lac Noir et on voit l’immense chantier 100% raquettes qui s’annonce pour l’après midi, le long de la conduite forcée avec les portiques caractéristiques. Quelques traces de skis montrent bien que la saison a encore de beaux restes, mais uniquement pour les valeureux qui s’arrangent du portage. Les traces, utilisées comme fil conducteur, formatent notre montée et notre effort : pratiquement à chaque lacet le leader s’écarte dans un rythme d’horloge suisse. Cette belle régularité se révèle très efficace, et nous nous élevons rapidement jusqu’à la station intermédiaire de la conduite. Pause sur un replat sans pente, l’effort total en pleine charge mérite bien cela car il va falloir encore rebondir pour arpenter les deux derniers cirques. Le second nous amène sur un premier portique et maintenant il suffit de suivre les autres, la neige enterre pratiquement la conduite ! Un peu après 15h nous arrivons au refuge notre eldorado, et vérifions vite les basiques, les fonctionnements du chauffage, de la bouilloire. Didier propose ses services de sourcier en déneigeant le tuyau d’eau… courante ! Tout ok.
Il y a deux ans nous avions poussé jusqu’à la Tusse de Prat Long, mais aujourd’hui, la montée doit nous avoir bien soigné et personne ne parle trop de la Tusse, de repartir… Il faut garder un maximum de jus pour la suite, demain qui promet : avec cette douceur, nous devrons embarquer les raquettes ! Les batteries se rechargeront lentement, adossés au refuge dans le plein soleil.
Presque 20h30, nous terminons notre repas et un skieur arrive au refuge. Un de Toulouse, la trentaine, style baroudeur averti et bien déterminé, il prévoit de faire Le Maupas et le Boum demain… en solo, il s’en excuse presque… Un copain qui n’a pas pu l’accompagner… l’heure tardive, le boulot. La force de la jeunesse ! Kevin, comme beaucoup d’autres, a un fil rouge : les 3000 des Pyrénées. Un livre ouvert qui ne se referme jamais, il s’en apercevra avec le temps. On parle un peu de l’arbitraire de certains noms de sommets, de quelques histoires du pyrénéisme et, on évoque aussi un souvenir commun, l’accident terrifiant de Pascal Brisset, encadrant du CAF toulousain, victime d’un pont de neige au pied du Vignemale, un jour où l’Asptt Pau faisait étape au refuge des Oulettes de Gaube, plus de 15 ans en arrière… En croisant les vécus décalés dans le temps, on pourrait passer des heures. Les analyses divergent quand même, chacun porte son histoire, ses références et aussi l’âge de ses yeux.
Comme prévu, ce matin, grand beau nous accompagne. 7h15, on quitte le refuge en se signalant à Kevin pour qui notre timing était un peu trop matinal… Les raquettes sur le sac, le trio gagne le col de la Tusse de Prat Long, en fait il faut sortir de la combe derrière le refuge comme pour aller vers le Maupas. Du col, on voit déjà le Boum et notre itinéraire se fait au jugé, en se fiant aux pentes plus ou moins prononcées qui permettront d’éviter la forte dépression du cirque qui descend vers le lac Bleu. Le regel peu important suffit quand même pour une progression encore confortable en crampons. Arrivés au pied du Boum, le spectacle des purges impressionnantes en face sud du Mail Barrat laisse penser que le terrain n’est pas encore tout à fait sécurisé. Avant d’attaquer le dernier contrefort qui permet d’accéder à la combe entre Boum et Mail Barrat, les raquettes sont abandonnées à vue sur un petit dôme. Au pied du contrefort nord, la pente se redresse brutalement et il faut redoubler d’efforts car on troue brutalement à chaque pas. Heureusement, en le contournant, nous gagnons le soleil et paradoxalement, la montée devient plus confortable. Un temps d’arrêt et un dernier lacet pour enrouler des roches émergeantes nous permet d’accéder sur l’arête Nord-Est du Boum.
Money Time, il reste une centaine de mètres de dénivelé. L’ambiance se « verticalise » toujours plus. Encordés, liens de 5 mètres, toujours à l’abordage, nous avançons prudemment en essayant de se rapprocher des cairns et en profitant de quelques zones plus enneigées. Marie-Laure en tête, la progression se transforme en escalade, la recherche de becquets, la corde, les crampons, une bonne demi-heure d’empoignade… A un moment, la cordée s’inverse… On croit pouvoir accéder encore… Il faudra aussi penser à redescendre ce que l’on monte… Le 18 mars 2007, un groupe Asptt de 4 skieurs et 3 raquetteurs renonçait ici dans le brouillard et dans un environnement glaciaire (Eric Jean-Pierre Jean-Marie Daniel en skis, Robert Etienne et moi en raquettes). Malgré les conditions de soleil, on ne fera pas mieux aujourd’hui, il reste une trentaine de mètres pour le sommet et l’histoire se répète : un passage plus engagé et l’enchaînement de prises trop aléatoires dans un contexte bien vertical de rocher glissant nous incite à renoncer à coiffer le sommet. On revient sur nos pas et sur le début de l’arête. Au dessous de nous, sous les purges du Mail Barrat, le skieur de randonnée Kevin arrive tranquillement. Gros sac pour son autonomie, bien équipé, il passe en crampons et nous rejoint rapidement. Il a un souci, même s’il n’en n’a pas besoin, il a égaré ses couteaux (équivalent crampons pour les skis) ; on prend ses coordonnées au cas où… Il a bien fait le Maupas mais nous dit avoir failli renoncer dans le final… On explique notre ascension et il repart vers le sommet du Boum dans nos traces fraîches. Notre descente sera rapide jusqu’au dôme où nous avons nos raquettes, qui vont grandement nous servir encore. On se retourne : du sommet du Boum, Kevin nous fait de grands signes. Magnifique ! La jeunesse éclatante, pétillante, champagne, ascension partagée comme si nous y étions !
La suite de la journée serait assez classique et peut-être un peu fade et cuisante à la fois : retour au refuge en raquettes, déjeuner au soleil, descente jusqu’au Lac Noir toujours en raquettes et pleine pente. Mais une touche de sel, de retour élégant vient s’immiscer dans la dernière partie lorsque Marie-Laure et Didier se disent peu motivés par la traversée du bois qui nous a bien enrhumés la veille. Et il existe bien un autre itinéraire, en poursuivant en Sud-Est du Lac Noir, on passe dans une gorge profonde qui ramène jusqu’au plateau vers la cabane de la Coume. Les skieurs de randonnée sont fans de ce passage, mais aujourd’hui, ce ne sera pas tout à fait un couloir de neige puisque le couloir, bien pris, propose un névé épais et fourni en continuité, résultat des cumuls de grosses purges qui s’y sont amassées. Il faudra repasser en crampons et piolet pour le descendre, avec le supplément technique de deux petits murs verticaux de 5 mètres qui seront « désescaladés ».
En gagnant le ruisseau de la Houradade, cette aventure au Boum se termine paisiblement, toujours ensoleillée, comme si le temps ne comptait pas. Un grand bravo à mes deux complices très bien préparés et bien impliqués. Il y aura encore de la neige pendant quelques semaines pour aller chercher dans des conditions similaires d’autres gros sommets proposés en club, à l’Aneto ou au Vignemale par exemple.
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