A peine un peu plus de 11h et 5 randonneurs arrivent bien groupés au sommet du Pic de la Gela par le versant sud. Très accessible en Sud ou en Nord, ce pic constitue un belvédère incomparable sur tous les azimuts. Mais puisqu’il faut bien faire un choix pour décrire le contexte, je retiendrais seulement les vues imprenables sur les arêtes de Troumouse qui magnifient cette journée. Devant nous, sauvage et austère, se dresse, bien foncé et chargé d’un large névé qui le barre de part en part sous son dernier étage, un master class, le Pic de Gerbats. Le vrai seigneur des lieux, formidable sentinelle exigeante, un mastodonte… qui se reconnaît de très loin avec sa gueule de bonnet phrygien. Si la Gela se traverse facilement et paraît un peu fade, avec Gerbats, pour les escaladeurs, assurance de quelques frissons garantis… Ce sommet peu couru ouvre un enchaînement dantesque car, suivent plein sud, le Petit Pic Blanc, le Pic des Aires, le Pic Heid, le Pic de Troumouse. Pour fermer les images de cette arête majestueuse, enfin tout au fond et presque en arrière plan, on aperçoit d’ici aussi l’arrondi sombre du Serre Mourene. Le tout dominant d’un côté, l’à-pic des 400m de la muraille de Barroude et de l’autre côté l’à-pic des 600m du cirque de Troumouse. Arête diamantaire exceptionnelle ! On ne distingue pas encore la Petite Munia et surtout la Grande, que cherchent Xavier et Olivier qui l’on conquise avec brio la saison dernière… Patience, il suffira de se déporter tout à l’heure sur les crêtes de la Sède… Pour l’heure, profitons bien de ce moment, Il ne nous reste que du pain blanc facilement gagné dès potron-minet…
Parti quelques heures plus tôt de la Chapelle de Héas, le groupe s’affranchit des raquettes devenues quelque peu ringardes… N’en parlez surtout pas à Olivier, il pourrait réveiller une crise d’acné ! Un chemin bien rocailleux nous amène par des lacets serrés en suivant rive gauche le torrent de l’Aguila jusqu’à une première cabane sur un plateau pâture. Mais, après avoir passé la fontaine oratoire de la Sainte famille, nous perdons le chemin dans un labyrinthe de traces peu nettes. Les garçons décontenancés ? Qu’à cela ne tienne, Marie-Laure, notre unique féminine, en suivant des traces préalablement enregistrées, recommande de redescendre et nous retrouvons le fil du jour… En montant, les névés se font plus pressants et la pente nous amène à cramponner. Des « Passe-partout » comme Xavier animent l’orientation : la couverture de neige désormais bien dense enterre le chemin mais elle permet de poursuivre directement en traversant la montagne des Aguilous, déjà bien au-dessus de sa cabane… Le col de la Gela, entre Gela et Gerbats, objectif intermédiaire bien visible, semble totalement dépourvu de neige. Nous y laissons les crampons avant la dernière salve, dans un cheminement peu compliqué mais abrupt sur le profil sud de la Gela.
La suite de notre programme, après repas, ne cible pas la crête des Aguilous mais celle du Pic de La Sède puisqu’il sera dit que la journée se dédie au spectacle des arêtes de Troumouse. Dans une neige maintenant bien transformée, depuis le col de La Gela et avec l’opportunité de traces existantes le groupe totalement à sa main passe sous le Gerbats et rejoint la crête qui domine le cirque de Troumouse. Avec ces nouvelles perspectives, on reparle de la Munia, on commente les itinéraires dans le cirque ; chacun a en tête quelques anecdotes en visualisant bien maintenant le verso des crêtes de Troumouse. Sur la crête, une « banquette » sans neige permet d’avancer tranquillement vers le col de la Sède, mais Didier dit avoir lu quelque part qu’ici « toute faute pourrait être fatale » donc pas de fautes… Merci Didier, fais gaffe quand même… Le chemin qui descend dans le cirque de Troumouse désescalade une muraille et il convient de bien se fier aux cairns. On n’imagine pas ce que pourrait être une progression dans le brouillard ou l’obscurité ! 13h30, maintenant tous les choix se proposent, rien que des choix de riches, prendre cet itinéraire sauvage pour une boucle totale ou continuer sur la crête. Comme prévu, le ciel se densifie un peu et malgré tout, la crête gagne tous les suffrages, il reste donc le Pic de la Sède avant d’envisager de descendre !
Un petit bout de crête à faire et comme le Pic semble bien défendu par un pilier vertical peu comestible et certainement infranchissable, on descend sur son flanc Sud pour commencer à le contourner et chercher puis trouver une faiblesse côté Est. Une cheminée un peu sauvage s’annonce. Le groupe s’emploie sur une dizaine de mètres verticaux et bien pourrie, un peu de stress palpable. On sort de là, en traversée oblique et donc en sécurité, mais il reste un dernier éperon vertical… A y regarder de près, les prises existent et tour à tour chacun escalade en solo. Quelques minutes et le sommet. Le côté Ouest du sommet se passe en cheminant tranquillement sur les dalles plates, et nous gagnons la Fourche de la Sède où la crête se divise. En prenant l’option de droite, l’avancée descendante, sans difficulté et sans neige et toujours en crête, nous retrouvera au ruisseau de l’Aguila, non sans avoir dérangé un troupeau d’isards. La boucle se termine, mais en rejoignant la Chapelle d’Héas, pleine chaleur, on s’aperçoit de la virulence de ce redoutable chemin rocailleux. 15h30, la voiture et les stats : 1450m de D+/-, 15km, 7h30 de rando selon Didier qui affiche toujours le meilleur choix à retenir, disons la proposition la plus flatteuse. On le suivra toujours !
Un peu plus tard, à Gèdre, Xavier fête son anniversaire et sa nouvelle voiture, et nous dévorons sans état d’âme et avec gourmandise tous les gâteaux préparés par Marie-Laure, seules quelques miettes réchapperont ! Grand Merci à eux !
Quelle journée !! Une bien belle réussite, grand bravo à tous. Merci.
Antoine
les photos d’Antoine et Marie-Laure >>
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