Pic d’Ayré 2416m
Du Pic d’Ayré, on aperçoit en sud-ouest la citadelle du refuge de la Glère. Pour arpenter cette crête, après le Pene Dera Mayrits il y a quand même ce joli bout d’arête bien sauvage qui accouche du refuge. Un parcours « élégant » qui pose question et que j’avais plusieurs fois envisagé sans en avoir l’occasion. Ce mercredi, seul Xavier m’accompagne quand nous partons vers 13h, en sens inverse donc du refuge de La Glère vers le Pic d’Ayré. Un énorme bastion de pointes décomposées se propose vite. A deux, la progression se fait bien fluide et les obstacles se franchissent méthodiquement, les uns après les autres. Quelques passages méritent de mettre les mains, il y a même deux « bavaroises » à franchir qui valent du II et peut-être du III. « C’est de l’escalade » avait promis la gardienne du refuge, elle ne cachait pas que notre projet lui paraissait un peu iconoclaste… En avançant, nous finirons par nous équiper et nous encorder. Après plus d’une heure de progression, un passage bien vertical protégé par un « ficelou » engage à poser un rappel. On s’aperçoit vite pourtant qu’il y a de nombreuses solutions pour éviter la manip, et toujours avec beaucoup de précautions et finalement de facilité, nous gagnons le bas. S’ensuit une zone bien dégagée sans escalade, avant d’attaquer un second bastion qui n’oppose guère de difficultés. La longue croupe qui suit nous emmène jusqu’au sommet, et le ciel bien chargé se lâche sur nous alors que nous attaquons la dernière pente. L’eau stimule le froid, un peu d’air et du ressenti. Brr… Une boîte en fer, quelques mots dedans pour une trace humaine et la postérité ? Pas d’attardement, nous préparons déjà le retour le plus rapide, qui consiste à basculer côté nord jusqu’au col d’Ayré et prendre une trace qui conduit en balcon sous la ligne de crêtes que nous venons de faire. Au col, un arrêt sous les sapins pour se reconstituer et améliorer notre protection pluie et froid. Presque 2h30 pour en arriver là !
Nous gagnerons le refuge très facilement, d’autant que Xavier qui a participé à la rando récente vers le refuge Packe maîtrise toutes les bonnes ficelles locales…
Au refuge nous arrivons trempés comme une vingtaine de personnes présentes. Malgré la penderie d’une kyrielle de vêtements au plus près du poêle, malgré les nombreuses brassées de bûches posées juste à côté, ne croyez pas que les autorités locales, bénéficiant d’un accès véhicule tout proche, vont allumer un feu réparateur. Que nenni, d’abord nous sommes en été et donc, il fait forcément bon, la température humaine suffira…
Crêtes du Pic des Trois Conseillers 3037m au Turon du Néouvielle 3035m
Ce jeudi matin, les « mouillés sur eux » se sentent un peu timorés, d’autant qu’il bruinasse fort à l’heure du petit déjeuner. Nous jouons la montre un peu pour nous attabler, ce qui nous sera reproché plus tard car nous avons empêché la jeune assistante gardienne de dormir…10 minutes de plus ! On se calme, cool, on respire un bon coup, on n’est pas autochtones, on ne peut pas tout comprendre…
Pour autant le binôme Asptt engage de très loin, le premier, sur l’itinéraire de la brèche Chaussenque, et peu à peu le ciel s’ouvre jusqu’à offrir un beau soleil. Nous contournons le lac Det Mail pour passer plein sud sur le contrefort qui mène aux Lacs Verts. La brèche bien cachée se dessine progressivement, et même le premier soleil rayonne en plein dedans. Alléchant, mais ce n’est pas notre objectif. Depuis longtemps, nous avons identifié le Néouvielle et ce qui nous intéresse, c’est son profil nord, là ou démarre la fameuse arête des Trois Conseillers, la brèche du Néouvielle ! Les conditions excellentes, la visibilité nous permettent d’orienter une navigation parfaite malgré plusieurs propositions de cairns paumatoires. On enroule par l’Ouest le chaos de la brèche pour atteindre la moraine, et enfin le passage rocheux sous la brèche. Au dessus de nous dans l’arête des Trois Conseillers, des grimpeurs se donnent les consignes. Une équipée de 3, super rapides, ils avancent sans assurance véritable, sans poser de points.
Nous sommes dans la brèche, l’effet venturi nous saisit, le binôme monte un peu vers le pic des Trois Conseillers pour trouver un endroit idéal pour une halte méritée. Le spectacle extraordinaire de l’arête vers le Néouvielle, du Lac de Cap de Long des sommets de l’histoire Asptt. Une dalle un peu étroite de quelques mètres sera la seule difficulté pour gagner le Pic des Trois conseillers. Le sommet suivant serait le Deuxième Conseiller : c’est un piton de roches brunes qui s’escalade sans difficultés. Il n’est pas répertorié 3000 car le différentiel de dénivelé sur crête est inférieur à 10 mètres. Mais le suivant est bien identifié, c’est un tout récent « 3000 », le Premier Conseiller. Pour le coiffer, le parti pris sera de l’enrouler côté Cap de Long pour le prendre à rebours depuis son arête vers le Turon du Néouvielle, moins exigeante. Pour les 30 derniers mètres, on se déleste même des sacs, et sans se presser nous atteignons la côte 3035m. Ici on peut mesurer tous les « décalages » vécus par les ascensionnistes de 3000 des Pyrénées. En effet, en moins de 300 mètres, le Turon du Néouvielle est le premier 3000 répertorié conquis par Henri Reboul et Ernest Vidal le 2 août 1797, alors que le Premier Conseiller n’est « adoubé 3000 » qu’en juillet 2015 (pour info le second 3000 conquis serait le Grand Quayrat).
Pour gagner le Turon, on descend lentement du pilier pour trouver en contrebas une trace qui évite les difficultés du dernier morceau de crêtes. En arrivant sur le Turon, un double gros cairn matérialise le sommet précurseur à 3035m. Il est à peine plus de 12h, et il reste quand même cette pointe sur l’arête sud qui culmine à 3007 : la Pointe Reboul-Vidal, nommée ainsi en hommage aux ascensionnistes originels. Amateurs de grands chelems, on s’y attaque dans la foulée. Il faut bien descendre une centaine de mètres dans un chaos de blocs pour pouvoir traverser le talweg et trouver une suite de cairns. Les sacs abandonnés sous le sommet du Turon, il ne sera pas si aisé que cela de parvenir sur la pointe, et nous mettrons deux fois le temps annoncé ; sans doute l’ascension de cette pointe doit être sous évaluée… Le retour pour regagner le Turon, bien qu’un peu craint, ne posera pas de soucis.
13h, les quatre 3000 de cette partie de crête dans la besace, un grand moment de pause bien méritée s’organise derrière les cairns dans la face de Cap de Long.
Le retour s’effectuera en essayant de prendre une voie « normale » par le col de Coume Estrete, les deux lacs Estelat, le lac de la Macine, puis nous retrouvons notre chemin du matin au lac Det Mail. Plutôt long tout ça… Vers 16h30, le refuge nous retrouvera, seulement pour prendre les quelques affaires de nuit… Au revoir, et encore merci pour tout…
Un grand bravo et merci à Xavier, très motivé et bien engagé dans cette aventure. Sans lui, je serais resté à la maison et c’eût été vraiment dommage d’économiser ce vécu. Et donc, on repart quand ?
Antoine
Les photos de Xavier et Antoine ici
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