Finalement le véhicule remonte vers le pont de Lamary. Effectivement, la piste propose quelques passages bien agressifs, mais au bout du compte tout se passe bien et cela place la randonnée du jour dans un timing optimisé et plus que parfait, les planètes s’alignent : lever du jour peu avant 8h, un quintet démarre…
Les cabanes d’Ansabère constituent un premier palier et plusieurs groupes y ont passé la nuit, dont 3 espagnols qui vont nous accompagner durant la montée. Le chemin évolue dans un premier temps dans l’azimut du col de la Chourique puis oblique à droite vers celui de Pétragème. Un rythme bien soutenu nous permet de l’atteindre après 2 h de marche. Dans ce qui reste de montée, à la hauteur de la petite Aiguille d’Ansabère, on rattrape une jeune nantaise. Sans couper l’effort, le Pic devient une formalité. Le paysage grandiose de la Grande Aiguille que l’on croirait pouvoir toucher tant elle semble proche, un moment magique avec en toile de fond un soleil de gala. Quelques sommets attirent notre attention : Table des 3 rois, Mallo de Achérito, Pic de lac de la Chourique, que de bons moments vécus ! Le nom espagnol de notre Pic d’Ansabère est « Petrechema », alors que le nom français du pic d’Anso (également Pico Sobarcal) est « Pétragème »… Va comprendre Charles… Ici, il y a même une « boîte aux lettres » métallique gravée au nom espagnol, de quoi faire quelques beaux imbroglios. On échange avec nos espagnols et notre nantaise sur les routes à suivre. Cette dernière, très sympathique, affiche une paire de chaussures bien customisées. La fraîcheur de la jeunesse !
Comme il est encore tôt, le « club des 5 » envisage désormais l’impensable quelques heures plus tôt, le Mallo de Acherito. Mais dans la descente, il s’aperçoit que ce serait parjure que d’ignorer cette croupe, ce premier disciple, ce vrai fils de Pic, ce « parador », belvédère exclusif pour la Petite Aiguille d’Ansabère qui n’a rien à envier à sa grande sœur. Qu’à cela ne tienne, en quelques minutes après un peu de tâtonnements, nous sommes sur notre deuxième sommet de la journée : le spectacle d’un parfum de déjà vu, un jumeau, mais on ne s’en lasse pas vraiment… L’intervalle, vide, du sommet avec l’aiguille est beaucoup plus important que pour l’aiguille dominante ; à nos pieds le rocher vaincu, totalement artificialisé, porte les stigmates d’un rappel posé il y a des lustres, mais aussi des points à visser beaucoup plus récents… Les techniques évoluent.
Repartis vers l’Acherito, retrouvé le col de Pétragème ou d’Anso, le quintet passe à l’aplomb du pic de Pétragème ; il serait plus juste de dire du Rocher de Pétragème tant l’accès paraît d’ici, comment dire ? Débonnaire… On garde en réserve son ascension pour notre dessert, dans le retour, peut-être tout à l’heure, qui sait ? Très vite la falaise du Mallo se contourne par la droite par une trace évidente. Les cairns nous mènent dans la faiblesse de cette falaise sur le flan nord de l’Acherito. Elle se traverse en 2 temps de petite escalade avec un passage qui vaut sans doute du II. Je suis passé ici le 14 janvier 2007 avec Jean-Marie et mon fils Etienne, dans une ambiance bien hivernale comme le suggère la date, crampons aux pieds, piolet à la main, et nous avions eu quelques sueurs froides… Aujourd’hui, un peu plus au sec et bien compacts, nous sortons rapidement sur le sommet, il n’est même pas 12h30. Gros plan sur la crête du Chinébral de Gamueta qui nous a valu l’un des retours les plus orageux de mémoire de Pétos. Sur le sommet, l’air vif partagera un peu le groupe pour mettre la table. Le retour s’effectue par le même itinéraire, en prenant soin de « désescalader » méthodiquement les passages les plus aériens.
Maintenant au col d’Achérito, on pourrait envisager de descendre directement vers les cabanes d’Ansabère en reprenant peut-être un passage sous le col de la Chourique, mais le faible gain de la manœuvre nous en dissuade et puis, il reste pour les 5 prédateurs du jour, le Pétragème, pousse-café, cerise offerte sur le gâteau. En abandonnant les sacs, nous y sommes vite. Une petite escalade en bonne roche facilite le final de notre quatrième conquête. Une grande roche dominante rappelle un peu le Quayrat, mais son arête exigüe ne la rend pas forcément plus sympathique, et, seul dans un moment d’euphorie dont il garde le secret, le pétri de sagesse, audacieux et talentueux Jacques, tel un vainqueur stratège général de Rome savourant ses exploits guerriers sous les acclamations de la plèbe, se risquera à y déployer intégralement sous ses ailes son imposante, massive et néanmoins auguste et suffisamment encore jeune et svelte carcasse, quelque peu bien boucanée. Veni vidi vici, s’il ne l’a pas dit, nous l’avons entendu. Respect.
Le retour s’effectue par le col de Pétragème, sur nos traces du matin et on ne peut pas dire que le quintet a beaucoup traîné : 16h à la voiture après le vécu d’une journée bien ficelée avec un grand chelem entre Ansabère et Acherito !
Un grand merci à mes supportrice et supporters du jour qui se sont bien lâchés. Quel plaisir ! Revenez, mais revenez donc !
Antoine
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