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sommets du Vignemale - 3 jours au refuge de Baysselance

J1

Pour ce projet sur les sommets du Vignemale, 3 néo ascensionnistes m’accompagnent. Les sacs sont lourds et heureusement la piste, plutôt en bon état et presque tout à fait carrossable, du barrage d’Ossoue, est ouverte. Ce qui permet un accès coté Gavarnie beaucoup moins long que l’itinéraire depuis Pont d’Espagne, lac de Gaube et refuge des Oulettes. Sous le barrage, beaucoup de voitures stationnent et nous nous rendons compte que le refuge devrait être bien chargé ce premier samedi de Juin. D’autant que le refuge des Oulettes de Gaube n’ouvre pas encore. Beau temps, 9h. Pour remonter les Oulettes d’Ossoue, le cheminement classique rive gauche du ruisseau ne sera pas emprunté car la passerelle au bout des Oulettes a été emportée et les travaux de réparation restent en attente malgré tous les IPN qui sont entreposés ici depuis plusieurs saisons. Pour passer rive droite, il faut anticiper et traverser avant et sous le barrage par une petite passerelle métallique,  comme pour aller vers la cabane de Lourdes. On y gagne sans doute car cet itinéraire un peu plus varié paraît aussi beaucoup plus souple… Au fond des Oulettes d’Ossoue, le ravin offre, sur la droite, une belle cascade et le GR 10 monte brutalement. Les névés de bonnes dimensions, classique à cette période, peuvent se traverser sans crampons. Chaque combe, chaque traversée de ruisseau annexe en propose un… La douceur ambiante laisse sur la neige une assiette portante qui nous accompagnera toujours, conditions idéales pour évoluer sur la neige. Sylvie, Fabrice et Xavier découvrent pour la première fois, la beauté de cet itinéraire bien surveillé par des marmottes nombreuses et peu sauvages qui animent notre montée. Le chemin contourne d’abord le contrefort Est de la masse du Montferrat puis le contrefort Est de la masse du Petit Vignemale. Nous ne visiterons pas les grottes de Bellevue que le Comte Russel fit creuser dans la roche, le passage en neige nous en prive à moins qu’elles ne soient sous la neige… Pas vu… On croise les différents itinéraires vers le spectaculaire glacier principal du Vignemale, encore bien enneigé, ce qui permettra de tracer… à peu près partout… Nous le remonterons demain, pour cette fin de matinée, il nous tarde d’arriver au refuge. « Quand on parle du loup, il sort du bois »… On l’aperçoit enfin au dessus de nous. Un petit quart d’heure encore…
Etalés sur la terrasse du refuge, le déjeuner reconstitue un peu les organismes, l’effort a été violent mais désormais nous serons plus légers.  Bien attendus, Marion, la gardienne, vient à nous pour faire notre « entrée ». Elle explique les modalités d’organisation locale, les casiers, les horaires. Un accueil privilégié qui fit chaud au cœur ! Nous bénéficions d’une chambre pour nous 4 ! Qui parle de douches ici à 2651 mètres, plus haut refuge de la chaîne des Pyrénées ? Il faudra s’appliquer à une toilette de chat avec une eau de fonte.
En Ouest, la masse du Petit Vignemale domine et cache la suite vers les autres sommets, par contre on voit bien le Montferrat. Après notre repas, les sacs allégés, nous progressons en neige jusqu’à la Hourquette d’Ossoue. Pour le sommet, il reste 300 mètres à remonter et en bordure du chaînon, un passage sans neige facilite la progression. Le but atteint, nous profiterons un grand moment de la vue panoramique majestueuse jusqu’à ce qu’un autre groupe de 4 jeunes ascensionnistes viennent nous déloger…

En bas, le refuge se remplit peu à peu. Complet à 64 personnes, nous le retrouverons en pleine ébullition. Des groupes, des guides, le sas d’entrée déborde un peu ; il devient malaisé de gérer ses affaires, d’accéder aux casiers et de passer une commande pour boire un coup ! Repas à 19h avec notamment deux sympathiques canadiens campeurs qui devraient rejoindre Bagnères de Luchon dans une dizaine de jours. Très friands d’informations, leur superbe accent vivifiant réchauffe l’atmosphère, « n’est ce pas mon capitaine ? ». Xavier s’appliquera à bien les renseigner.
les photos d’Antoine et Sylvie >>

J2

On devait être les premiers levés et trouver des thermos préparés. Oui mais voilà, cela c’était avant que les guides de 3 groupes n’arrivent… Et du coup, à 5h30, c’est déjà l‘effervescence, du monde de partout, le refuge totalement réveillé et on échappe au thermos… On finira par décoller un peu avant 7 heures et avec plusieurs groupes devant nous. Un bref retour sur le GR, puis une traversée rocailleuse et aérienne pour rejoindre le bas du glacier et s’équiper : casque, baudrier, piolet et crampons. Un monde nouveau, la neige couvre tout. Les conditions alternent, et au fur et à mesure de la montée, un peu de vent, un peu de froid : la progression comme dans un nuage permanent mais aucune difficulté pour remonter le glacier. La trace nette, les groupes devant, nous amènent jusqu’en haut du couloir de Gaube, au pied du Piton Carré. Vue impressionnante sur le couloir de Gaube vertical, atmosphère hivernale… Rejoindre les traces qui remontent plus brutalement, vigilance de mise. Un surfeur juste devant sert d’éclaireur. On arrive jusqu’à la paroi et pour rejoindre la roche, il faudra passer sur un joli pont de neige. Une fois sur le rocher, un moment de transition car il faut enlever les crampons, ranger piolets et bâtons. Les suivants restent assez éloignés, par contre plusieurs ascensionnistes redescendent déjà et nous sommes bien exposés, il vaut mieux ne pas traîner ici… Dans la nasse nuageuse, la remontée en escalade ludique, bien groupés, nous amène jusqu’à la grotte Paradis : un tunnel de 5 à 6 mètres dans la roche que Le comte Russel fit également creuser. Le sommet n’est plus très loin mais ici, le groupe s’accorde un grand moment de répit. La grotte investie, bien protégés, on s’alimente, on peaufine notre équipement et on passe la corde pour mieux préparer la suite : suivant possibilités, poursuivre en crête vers le Clôt de la Hount. En sortant de la grotte, nous croisons un guide et son groupe, il ne nous resterait que quelques mètres pour le sommet. De fait, nous atteignons la cime de Pique Longue bien matérialisée par deux marches en pyramide carrée. En montant dessus, sachez que, suivant votre hauteur, votre tête devrait dépasser les 3300 mètres. De son temps, le comte Russel fit ériger ici une tour afin que le sommet soit artificiellement côté 3300 !

Avec 3298 mètres, Pique longue reste cependant le plus haut sommet des Pyrénées… françaises ! Cocorico ! Un groupe et son guide arrivent et nous échangeons les procédures photos, tout ce petit monde exulte !

La crête paraît bien saine et sèche, peu chargée en neige. Nous sommes seuls à nous y engager. Elle mène la cordée en ouest vers le Clôt de la Hount. Mais ce sommet s’avère bien défendu par un ensemble de quatre « petits » piliers en dents de scie. Des parties enneigés rendent difficile le repérage des passages les plus usités. Le contournement « naturel » par la gauche ne semble pas possible, à droite impossible ! En affrontant le premier pilier, on profite encore d’un peu de crêtes pour absorber les deux suivants mais le dernier pilier s’avère totalement inaccessible. Le Clôt de la Hount tout proche nous nargue bien. Il faudra se faire violence pour descendre dans le creux, côté droit, et contourner le denier pilier dans une ambiance un peu surréaliste et un terrain bien pourri. Fabrice n’aime pas du tout, mais il trouve les ressources pour poursuivre. Le passage ne dure pas, on a rejoint le pied du Clôt et en écharpe sur la droite, après un névé, on rejoint le deuxième sommet de la journée : Pic du Clôt de la Hount 3289m. La descente vers le col du Cerbillona suit le fil de crêtes qui laisse peu de marges autant à droite qu’à gauche. Sous le col du Cerbillona à quelques mètres des grottes Russel, nous trouvons un coin moins venté pour organiser notre pique-nique et souffler un peu, les émotions ça creuse et notre traversée a été très énergivore… Par moment les nuages s’essoufflent  un peu et on apprécie le gigantisme des lieux, les trous béants et foncés des grottes Russel, inaccessibles tellement le glacier a reculé depuis l’époque. Sur l’une d’elle pend une corde. Si le cœur vous en dit, il n’y a rien à voir, un trou dans la roche…

Pour la suite de la journée, j’avais prévu de revenir sur le Piton Carré et accéder aux Pointe et Epaule Chaussenque, laisser le côté Montferrat pour notre journée du lendemain. Cramponnés une nouvelle fois, en partant, le renoncement a gagné, le plan c’est le retour…

Je me souviens ici d’un groupe Asptt de 4, le 25 juin 2011 (avec Philippe, Christian, Jean-Marie) qui en sortant au col Lady Lister après avoir fait le couloir de la Moskowa venait sur ce sommet, enchaîner la traversée Chaussenque – Petit Vignemale. En délicatesse avec un genou, j’avais eu une peur panique sur la roche glissante du Piton Carré, je quémandais un peu de pitié à mes comparses pour ralentir, le maillon faible ! Oui, ce piton ne serait pas si anodin que cela…

Mais aujourd’hui, en passant à proximité, les démons ascensionnistes reprennent le dessus. Sylvie et Xavier veulent bien… De la brèche de Gaube, nous escaladons un premier névé par une trace existante. Au final, Fabrice préférera nous attendre en bas. Le piton s’avérera mal aisé, très effilé et impressionnant côté nord et même si la neige tient bien, un peu de stress palpable nous cueille. Après une traversée horizontale et un second névé bien raide le sommet s’atteint rapidement. Pour un meilleur confort, Il eût fallu certainement décramponner pour descendre vers la Pointe Chaussenque puisque le fil d’arête ne propose pratiquement que de la roche pourrie. Sylvie et Xavier en sont convaincus. En terrain mixte, difficile de faire toujours le bon choix… Ce sera donc un peu pénible d’accéder au col naturel sous la Pointe. Cette fois en neige tout rentre dans l’ordre, tout va mieux et le groupe se reconstitue vite au cœur du cirque… Nous renonçons donc à la remontée vers la Pointe Chaussenque en l’espérant peut être demain ?

En ce milieu d’après-midi, les conditions de neige restent extraordinaires : bien portante, elle permet d’absorber toute la pente en ligne droite ! Au refuge la charge randonneurs a diminué de moitié et nous y serons plus au large. En attendant le repas, pour une fois, nous pourrons commander et consommer puis s’organise une partie de Tarot. Sylvie donnera la fessée aux trois larrons qui l‘accompagnent. Comme la veille avec riz / axoa, le repas sera copieux avec pâtes / bœuf en sauce. Une nouvelle aventure nocturne peut débuter.
les photos d’Antoine et Sylvie >>

J3

Troisième jour, le dernier ici, toujours même horaires. Les thermos, cette fois, attendent. Mais le café sera froid…  Premiers à partir, nous ouvrons la route pour rejoindre le glacier et on visualise bien l’objectif Montferrat. La montée classique jusque dans le dernier cirque se passe comme la veille mais en tirant un peu à gauche. De loin, on visualise un passage sur les névés et un autre, plus à droite, par une langue de neige qui découpe une barre dégagée. Pour nous, la seconde solution sera la bonne et des cairns nous accompagnent ! Nous débouchons en neige sur des pentes relativement aisées pour atteindre la crête. Les conditions sont un peu meilleures qu’hier, il y a plus de passage de nuages et de temps à autre on profite du paysage exceptionnel.

Du refuge, Marion nous dira avoir suivi notre ascension du Montferrat devant son petit café, avec ses collègues… « Vous avez été vite, c’était très beau ». Je suis très fier du groupe, merci Marion.

Pour finaliser, il faut encore poursuivre en crêtes à gauche, l’instant un peu venteux, bien chargé de nuages, conditions un peu rudes… On ne distingue pas encore le sommet mais l’arête ne porterait pas de neige… Les sacs, les piolets, les bâtons, les crampons restent ici et Sylvie et Xavier m’accompagnent. Un peu de crête en bavaroise, légère montée en roche, rien de compliqué. Des blocs, une croupe enneigée, sommet du Montferrat 3219m.

La suite devait être anodine… Mes souvenirs de la crête vers le Pic Central et le Cerbillona se calaient sur une progression en crête, certes, mais facile, sans anicroches, en randonnée basique… Et donc, ce matin, on a fait l’économie du casque, du baudrier. Les conditions hivernales, la neige, nous privent de la visualisation des passages les plus usités et nous sommes condamnés à faire notre propre route, plutôt sur le fil de crête.  En faisant les fonds de sacs, avec sangles et ficellous, une cordée basique s’organise. On galère un peu entre bavaroises et passages en écharpes, voire en neige, heureusement bien souple… A la faveur d’une longue langue de neige bien confortable qui monte jusqu’en crête Fabrice demande à redescendre sur le glacier pour retourner au refuge. Ainsi fut fait.

Le trio restant compte bien batailler encore et pour lui donner raison, la crête et les sommets se découvrent totalement. Progression en becquets, contournements, les solutions existent mais tout cela s’avère bien chronophage. Au pied du Pic Central, le terrain devient beaucoup plus abordable, l’avancée rapide sur la dernière monté décomposée : Pic Central 3235m.

D’ici nous dominons en Ouest le Col Lady Lister et en sud, le couloir de la Moskowa, les deux  à l’histoire indissociable… Jugez-en. Car, oui Mesdames, l’ascension de la première femme donne une dimension particulière avec un zeste d’émancipation féminine dont on peut se délecter. Nous sommes le 7 août 1838 et toujours en jupe et jupons, lorsque Lady Ann Lyster, une aventurière anglaise, se précipite au sommet avec, entre autres, le guide Henri Cazaux qui a déjà conquis le Vignemale. Elle s’y précipite par le côté espagnol pour éviter le glacier sans doute jugé un peu froid, elle s’y précipite car elle sait que son guide doit emmener quelques jours plus tard, le « Prince de la Moskowa » au sommet. Ce Monsieur est en fait le « second Prince de la Moskowa » ; le premier à porter le titre étant son père, le Maréchal d’Empire Ney pour ces états de service en Russie avec Bonaparte. Le Maréchal obtient ce titre le 25 mars 1813. Bien entendu, son fils, militaire de carrière (il sera aussi général !) ne peut subir l’affront d’être le second, la pâle copie ridiculisée d’une femme aventurière en jupons, anglaise qui plus est… Et donc, le guide Cazaux devra composer entre les 2 personnalités aux caractères affirmés, donnant la primeur de l’ascension d’abord au militaire et se rétractant ensuite par écrit pour la « Lady ». « La Lady » qui n’entendait pas s’en laisser compter et allait le faire savoir aux yeux du monde ! Aujourd’hui, on connaît donc la voie de la « Moskowa » et le col « Lady Lister » (il doit y avoir eu négociation à l’américaine). Mais on ne connaît pas le nom des bergers et de quelques autres passés au sommet avant eux dont le guide Cazaux… L’histoire, les cartes portent souvent les noms des plus fortunés surtout à cause du tapage qu’ils font à l’époque, mais, tirons d’abord notre chapeau à la « Lady », première ascensionniste du Vignemale à coup à peu près sûr… A cause des jupons ?

Revenons à nos « moutons », du pic Central, il deviendra aisé pour notre trio de descendre au col Lady Lister et remonter sur le Pic de Cerbillona 3247m. Un peu en dessous, abrités du vent, nous organisons une pause bien méritée. Mais le timing ne nous permettra pas d’accoster ensuite les « cerises sur le gâteau », la Pointe et l’Epaule Chaussenque. Il faut bien en laisser pour une autre fois. Retour sage au refuge pour 14h et au barrage d’Ossoue vers 17h.
les photos d’Antoine et Sylvie >>

Merci à Sylvie, notre super Lady toujours positive, pas bruyante mais présente, bravo à Fabrice qui a vu quelques démons passer après le Vignemale, un grand merci à Xavier pour son implication constructive réflexe et précieuse. Eh ben voilà, 3 Vignemale de plus au club ! Tout va bien, trois belles journées «montagnardes» à souhait.

Antoine
compteur gratuit

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